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Elle venait de caser son dernier pull dans la valise. C'était juste, mais ça fermait. Elle revérifia une dernière fois que rien ne manquait. Elle ouvrit son portefeuille pour la troisième fois et en saisit une fois encore le morceau papier déchiré. Elle voulait être sûr de ne pas l'oublier, bien qu'elle ignorait encore ce qu'elle allait réellement en faire. L'écriture de Reece était un peu brouillonne, mais parfaitement lisible. Un trait ferme et sans hésitation, à son image.
- Saori, tu es prête ?
- J'arrive !
Le temps de ranger son portefeuille dans son sac, et elle rejoignit son père au bas de l'escalier.
- Laisse-moi prendre ta valise.
Saori ne s'interposa pas. Il y avait des choses auxquelles les pouvoirs d'Argones se substituaient : la volonté de bien faire et l'attention d'un père.
Père et fille n'avaient jamais été très communicatifs. Ils n'échangeaient jamais leurs sentiments, leurs doutes, leurs joies. Ils ne parlaient jamais de leurs vies respectives et monsieur Akashi ne s'aventurait jamais non plus à demander à sa fille de lui parler de son expérience argone. Mais même sans ces mots, ils avaient beaucoup de respect l'un pour l'autre. Cela constituait la base même de leur relation. Le froid apparent entre eux cachait une réelle complicité, car ils partageaient tout deux un même caractère renfermé et calme.
Ce jour là, comme à chaque fois, le trajet jusqu'à l'aéroport se fit dans le silence. Saori était trop mélancolique pour entamer la discussion et monsieur Akashi ne se sentait pas d'assumer une conversation qui ferait plus de peine qu'autre chose à son enfant.
L'on arriva à l'aéroport, l'on enregistra les bagages, l'on but un dernier café et, en moins d'en temps qu'il n'en fallu pour le dire, l'on s'embrassa pour se dire au revoir.
Dans l'avion, Saori se remémora ce petit retour aux sources. Les sorties avec Thal, les "soirées télé" chez Hayden, les dînés au restaurant avec ses parents. Ca avait été difficile de leur dire au revoir une fois de plus. Sa mère avait pleuré, encore. Thal l'avait serrée fort contre elle et lui avait fait promettre de lui donner de ses nouvelles – et, dès qu'elle en aurait, des nouvelles de Reece et du beau Troy qui lui plaisait beaucoup. Hayden, lui, s'était contenté de lui souhaiter un bon séjour en se forçant à sourire, mais il y avait toujours en lui cette amertume et cette douleur qui transperçait la jeune fille en pleine poitrine. Et puis, comme à chaque minute depuis le week-end dernier, elle repensait à Reece et à son sourire si troublant. Parfois elle se trouvait vraiment stupide de penser aussi fermement à lui. C'était ridicule, lui l'avait probablement déjà oubliée. Et puis parfois, elle se complaisait dans ce doux état d'hébétude. Elle repensait à cette sensation étrange qu'elle avait ressenti au creux de son ventre lorsqu'il s'était approché d'elle, une sensation qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle pensait à lui. Elle essaya de l'analyser. Pas facile, ça ne lui était jamais arrivé avant.
Et puis elle atterrit à la cité des anges d'où elle prit un taxi qui l'emmena aux portes de l'ESACO, à l'extérieur de la ville.


