Elle observa le soleil se coucher du haut de la colline. C'était son moment préféré de la journée, lorsque les ténèbres venaient doucement lui lécher les pieds, l'englober toute entière avant de la dérober enfin à la vue des êtres humains ordinaires. Songeuse, elle se remémora le jour où tout avait commencé, la première fois où ses pouvoirs s'étaient manifestés, lorsque sa famille avait aménagé dans cette petite ville paisible d'Arizona. Un endroit si peu habitué aux visiteurs que chaque nouvel arrivant était immédiatement considéré comme un véritable phénomène de foire.
Pour son premier jour d'école, ses petits camarades ne l'avaient pas épargnée. Ils l'avaient encerclée dans la cours de récréation et s'étaient mis en tête de la déshabiller complètement « pour voir si sa peau serait aussi dorée en dessous de ses vêtements qu'elle ne l'était sur son visage ». Ils n'avaient jamais vu d'asiatique auparavant bien sûr, et maintenant avec du recul, la jeune fille comprenait leur réaction. Toujours est-il que leur curiosité fut douloureusement châtiée ce jour-là. A mesure que l'étau humain se resserrait autour d'elle et que le désarroi l'emportait, la fillette avait ressenti une douleur sourde cogner contre son petit crâne, d'abord légèrement puis de plus en plus péniblement. Et lorsque le premier de ses camarades lui avait saisi le bras, la tension avait atteint son paroxysme. Il se produisit à ce moment là une chose incroyable : ce fut comme si une onde de choc avait balayé le sol. Les enfants furent tous projetés à près de dix mètres plus loin, soufflés par une bourrasque invisible, leurs corps étendus formant un cercle autour de la petite fille terrorisée.
Après cet événement inexpliqué, tout le monde dans la ville avait commencé à se méfier de la fillette que ses camarades appelèrent bientôt la sorcière. Même les maîtresses la regardaient avec un sentiment mêlé de crainte et de colère, comme si elle avait été un monstre. Durant les quelques jours qui suivirent cet incident, la tête de la petite Saori n'avait cessé de lui fait mal. Ses parents n'avaient pas cru à sa version des faits et ils étaient presque parvenus à la convaincre qu'elle avait imaginé toute cette histoire. Mais lorsque, deux mois plus tard, elle avait comme par enchantement projeté contre un mur une voiture qui avait manqué d'écraser sa mère, ses parents furent forcés de constater que quelque chose ne tournait pas rond chez cette enfant.
Et puis le Concile des Argones s'en était mêlé, comme il le faisait toujours dans les cas révélés d'enfants indigo - enfants dont les parents n'ont aucun pouvoir. Il fallut bien du temps et de nouvelles preuves des facultés de leur fille pour faire avaler aux Akashi l'existence d'un monde parallèle au leur et pour qu'ils acceptent que Saori parte seule dans une école spécialisée pour parfaire ses dons. Mais ils durent se rendre à l'évidence, il n'y avait pas de place pour leur fille dans ce monde. Tôt ou tard ses dons seraient découverts et elle serait la cible des êtres humains ordinaires. Elle finirait probablement dans un laboratoire, étudiée par des scientifiques peu scrupuleux telle un cobaye. Ils ne pouvaient pas laisser faire une chose pareille, ils devaient protéger leur fille à tout prix.
La désertion de Saori six mois après sa rentrée scolaire, n'étonna personne. A dire vrai, enfants, parents et institutrices furent plutôt soulagés de ce départ. Pour la fillette, c'était une nouvelle vie qui commençait...
Pour son premier jour d'école, ses petits camarades ne l'avaient pas épargnée. Ils l'avaient encerclée dans la cours de récréation et s'étaient mis en tête de la déshabiller complètement « pour voir si sa peau serait aussi dorée en dessous de ses vêtements qu'elle ne l'était sur son visage ». Ils n'avaient jamais vu d'asiatique auparavant bien sûr, et maintenant avec du recul, la jeune fille comprenait leur réaction. Toujours est-il que leur curiosité fut douloureusement châtiée ce jour-là. A mesure que l'étau humain se resserrait autour d'elle et que le désarroi l'emportait, la fillette avait ressenti une douleur sourde cogner contre son petit crâne, d'abord légèrement puis de plus en plus péniblement. Et lorsque le premier de ses camarades lui avait saisi le bras, la tension avait atteint son paroxysme. Il se produisit à ce moment là une chose incroyable : ce fut comme si une onde de choc avait balayé le sol. Les enfants furent tous projetés à près de dix mètres plus loin, soufflés par une bourrasque invisible, leurs corps étendus formant un cercle autour de la petite fille terrorisée.
Après cet événement inexpliqué, tout le monde dans la ville avait commencé à se méfier de la fillette que ses camarades appelèrent bientôt la sorcière. Même les maîtresses la regardaient avec un sentiment mêlé de crainte et de colère, comme si elle avait été un monstre. Durant les quelques jours qui suivirent cet incident, la tête de la petite Saori n'avait cessé de lui fait mal. Ses parents n'avaient pas cru à sa version des faits et ils étaient presque parvenus à la convaincre qu'elle avait imaginé toute cette histoire. Mais lorsque, deux mois plus tard, elle avait comme par enchantement projeté contre un mur une voiture qui avait manqué d'écraser sa mère, ses parents furent forcés de constater que quelque chose ne tournait pas rond chez cette enfant.
Et puis le Concile des Argones s'en était mêlé, comme il le faisait toujours dans les cas révélés d'enfants indigo - enfants dont les parents n'ont aucun pouvoir. Il fallut bien du temps et de nouvelles preuves des facultés de leur fille pour faire avaler aux Akashi l'existence d'un monde parallèle au leur et pour qu'ils acceptent que Saori parte seule dans une école spécialisée pour parfaire ses dons. Mais ils durent se rendre à l'évidence, il n'y avait pas de place pour leur fille dans ce monde. Tôt ou tard ses dons seraient découverts et elle serait la cible des êtres humains ordinaires. Elle finirait probablement dans un laboratoire, étudiée par des scientifiques peu scrupuleux telle un cobaye. Ils ne pouvaient pas laisser faire une chose pareille, ils devaient protéger leur fille à tout prix.
La désertion de Saori six mois après sa rentrée scolaire, n'étonna personne. A dire vrai, enfants, parents et institutrices furent plutôt soulagés de ce départ. Pour la fillette, c'était une nouvelle vie qui commençait...
